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Independance day: 16th Febuary

16 février 2009

Aujourd’hui, 16 février, est le jour de l’indépendance de la Lituanie, qui il y a dix huit ans était sous le joug soviétique. Voici une histoire vraie de l’époque.

 

Mon amie G, que certains d’entre vous connaissent car elle vit maintenant à Paris, fréquentait une des nombreuses écoles de la capitale. La maîtresse commença à leur sortir des photos de vieux monsieurs barbus . En montrant l’une d’elles, la maîtresse dit aux enfants : «  Et voici votre grand-père».

G. leva alors le doigt ; G. était une élève vive, passionnée, sérieuse et appliquée : la maîtresse se réjouit donc de lui donner la parole. (Je la soupçonne même d’avoir été la chouchoute de la maîtresse jusqu’à l’histoire que je m’apprête à vous conter).

« Madame, il doit y avoir une erreur. Vous pensez bien que je connais bien mon grand-père et ce n’est pas ce monsieur là ». Observant le visage incrédule de la maîtresse, G., pédagogue, mit son explication plus à la portée de son professeur : « J’ai mes propres grand-pères à moi ». (Aujourd’hui G. n’a rien perdu de la personnalité unique qui la distinguait déjà à cinq ans).

Cependant, ce désaveux de ne pas appartenir à la même famille que tous les autres camarades de classe, était bien loin d’amuser la maîtresse, prise en flag’, et qui, ébranlée, avait cherché quoi répondre aux nombreux spectateurs du drame qui était en train de se jouer, dont la moyenne d’âge tournait autour de cinq ans. (Il fallait que ce branle tombe pile le jour, où, par enchantement, les élèves étaient tous silencieux et attentifs, et où ils pointaient fidèlement leur regard bleu inquisiteur sur la malheureuse servante de la Patrie). Le temps s’arrêta, dans ce silence tremblement de terre. En effet, plus la maîtresse s’obstinait à expliquer à G. que Lénine était bel et bien son grand père, plus G. insistait pour dire qu’elle était absolument certaine qu’il ne s’agissait pas de lui, et qu’elle en était tellement certaine que demain, elle lui apporterait une photo, et qu’elle pouvait même lui apporter non pas un, mais ses deux grands-pères si la situation l’exigeait. La maîtresse pourrait ainsi vérifier par elle-même, et voir si ces personnes correspondaient au vieux monsieur rabougri de la photo. Parce qu’elle, qui parlait d’expérience du haut de ses cinq ans, était absolument sûre que le monsieur sur la photo -du reste, mort de surcroît – n’était pas son grand père, car les siens étaient vivants, tous les deux. En plus, ni l’un ni l’autre, ne s’appelaient pareil que ce « Lénine » que la maîtresse avait confondu avec la famille K…. Bref : il y avait là grosse grosse erreur, et G. était déterminée coûte que coûte, à tirer la maîtresse de son ignorance tant  pour le bien de ses camarades, qui avaient écouté tout cela sans broncher, que pour celui de la maîtresse. L’heure était grave, G. se sentie investie d’une grande mission pour le bien être de l’humanité : est-ce qu’on a déjà vu ça des maîtresses qui se trompent ? Non : il fallait sauver la maîtresse ! (Ce que Goda, préoccupée uniquement par l’honneur de ces ancêtres, ignorait par la force des choses, était que jamais l’axiome selon lequel « il vaut mieux entendre ça que d’être sourd », n’avait semblé à la maîtresse moins vrai qu’à ce moment-là de sa destinée).

Les choses durent donc en rester là, parce qu’on est pas dans un film de Benigni, n’en déplaise aux Puissants Créateurs Délibérés que nous sommes. Cependant, la directrice de l’établissement convoqua la maman de G. le lendemain pour redresser l’arbre généalogique de son adorable gamine, en ayant bien pris soin, au préalable, de s’enquérir si madame K. trouvait l’emploi qu’elle occupait à son goût. Bien qu’il n’y ait eu aucune corrélation entre ce malheureux arbre généalogique, que la petite, toute sérieuse et appliquée qu’elle était, avait dû manifestement « mal assimiler », la directrice, femme de cœur,  déplorait  amèrement la perte éventuelle de l’emploi de la maman.

Il y a beaucoup d’autres histoires plus émouvantes que rigolotes concernant tarybiniu laikai[1]. Les soviétiques avaient transformé la collection de jolies églises baroques de la ville en gymnases pour éviter les rassemblements suspicieux, et interdit la religion : je vous laisse imaginer le tableau des gens faisant leurs pompes où leurs fitness dans les chef-d’oeuvres architecturaux  parsemés dans les villes de la Baltique.

Près de Siauliai, troisième ville de la Lituanie, il y avait une colline où les gens plantaient des croix, la nuit. Quoique le peuple Lituanien ait été le dernier christianisé d’Europe – c’est seulement au XIIIème siècle que le premier et dernier roi du grand duché de Lituanie, Mindaugas, accepta le baptême, en vue de mettre fin aux continuels ennuis causés par les croisades- les Lituaniens avaient une foi profonde. Les autorités avaient interdit ces croix, et les faisaient régulièrement enlever ; mais à l’aube, les croix repoussaient. Tout comme pour le tombeau de Toutankhamon, les personnes qui ont essayé d’interdire ces croix, sont tous morts dans des circonstances étranges.

 

(La suite sous peu…)

 


[1] La période soviétique en Lituanien

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