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‘De La Suisse’ Par Françoise Renée de Chateaubrillante

2 octobre 2007

Lac Léman

Après un long voyage harassant j’atteins enfin Genève. Un joli croissant de lune a éclairé mon avancée nocturne vers la capitale de la Suisse Romande. Genève est enfouie au creux des montagnes baignées par le Rhône qui s’offre avidement au Lac Léman.

Les eaux du lac sont claires au point qu’on y peut voir les monuments millénaires qui les bordent s’y refléter en même temps que les profondeurs secrètes qu’elles abritent. Des cygnes aux plumes (1) immaculées semblent voir été posés là par une Nature généreuse ; ils paraissent ne pas souffrir de leur lutte contre le fleuve qui veut les entraîner vers le lac.

Les a-t-Elle oubliés, comme Elle m’a oubliée moi ? Des visiteurs s’occupent de leur donner à manger ; les oiseaux attendent, leur éternel cou pendu aux mains gracieuses qui les nourrissent et leurs ébats me rappellent la houle parisienne dont je me suis enfuie (2). Autour du lac des dames élégantes flânent préoccupées uniquement de leurs maris ou amants. O que ne suis-je elles, moi qui me promène sur les rives ensoleillées consciente que chaque pas que je fais est un placement de plus à mon captal de malheur à venir (3) ! Pourquoi suis-je venue offrir mon âme à ces abîmes ensorceleurs !

Le jet d’eau de la capitale danse au gré du vent faisant pleuvoir la lumière en un arc en ciel splendide. L’histoire de ce jet d’eau m’a été racontée par mon hôtesse : jadis une centrale hydraulique siégeait là ; l’eau jaillissait à deux cent kilomètres par heure et atteignait cent quarante mètres au-dessus du sol : le jet actuel est la conséquence de l’attirance des foules qui accouraient au spectacle offert par les eaux. Je décide de m’approcher de cette allégorie du désir, sachant toutefois qu’une fois parvenue à elle, telle Madame de Sabatier (4), elle perdra tout son attrait.[Germaine descendante de votre père illustre, rejeton du ministre de sa Majesté le Roi Martyr, remarquable esprit, femme d’un autre temps, sensible Benjamin, où êtes vous ? Où êtes vous mes chers esprits ! Dans quel coin de ma bibliothèque ai-je largué vos écrits !] Aurai-je le temps de finir ce mail (5) pour vous, ô mes amis avant que mes sévères Jurés (6) ne me convoquent ?

Je décide de prendre une photographie de ma solitude dans cette cité surpeuplée ; ma mélancolie m’empêche de demander cette faveur aux passants. Je me place dos aux rayons, de façon à ce que mon ombre apparaisse sur le miroir cristallin (7). Je suis née à un autre temps, dans un autre monde déjà ; Eaux il me semble que c’était à l’époque où les tourments de la terre engendrèrent les montagnes qui vous bordent ! Le Prince de Breslau (8) va me retrouver à Lausanne grâce mon portable ; de mon temps il n’y avait ni portables, ni internet. Je suis un pont entre l’ancien et le nouveau monde (9). Comment vous oublier désormais, vous mes noirs chagrins, vous mes morts les plus chers ; ma mémoire oppose sans arrêt, montagne à montagne, lac à lac, ville à ville, et ma vie détruit ma vie (10). Grâce à l’exorbitance du retard des Jurés, mon mail est achevé. En tapant ces derniers mots, je vois les nuages pâles élargis ; il est seize heures.

Il me semble que l’ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les éclairs d’un orage dont je ne subirai pas les réprimandes ; il ne me reste plus qu’à m’asseoir au bord de la scène, après quoi je descendrai hardiment, mon Sac Arrosoir (11) à la main dans l’Eternité (12).

(NdE) Notes de l’exégète: Le passage entre crochets a finalement été supprimé dans l’édition originale. Voir plus bas. Chateaubrillante (l’auteuse) parle des plumes, or FRdC écrit ses Mémoires d’Outre Tombe (MOT en abrégé) à la plume : reflet de l’Ecriture et du poète : en cela en plein dans la veine romantique. Chateaubriand conçoit ses Mémoires comme un monument. Ici Chateaubrillante reprend le terme monument pour parler des montagnes métaphore de l’écriture.
(1) Quand FR d C quitte Paris pour son périple en Europe il quitte un Paris tourmenté (cf début du Tome IV) . Ici l’auteuse quitte Paris après une engueulade orageuse avec la personne avec qui elle vivait)
(2) Chaque fois que FRdC voit un truc beau, il s’inquiète car il sait que désormais tout sera moche. Ici l’auteuse se trouve au pays des banques, ce qui explique l’emploi du mot « capital »
(3) Madame de Sabatier : « La femme aux yeux verts » dans Les Fleurs du mal Baudelaire lui a couru longtemps après et une fois qu’il l’a eu possédée, il l’a éjectée « Hier vous étiez un déesse, aujourd’hui vous n’êtes plus qu’une femme, adieu ». Anachronisme de l’auteuse : FRdC ne pouvait pas connaître cette histoire qui n’avait pas encore eue lieu (NdE)
(4) FRdC se demande souvent si il ne va pas être saisi par la Parque avant de fini l’écriture des MOT (NdE)
(5) Pour l’auteur du Génie du Christianisme il s’agit de Dieu. Ici l’auteuse parle des examinateurs de la Haute Ecole de Théâtre Suisse Romande
(6) Où qu’il soit le poète Romantique ( l’exégète écrit poète comme Baudelaire dans les fleurs, ce qui est un anachronisme, car Les Fleurs datent de 1856-57) est seul car il n’est que sur sa propre gueule. Réminiscence de Lamartine : lac et vallon « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » plus tard R. Gary dans Clair de femme « Un seul être vous manque et tout est surpeuplé »
(7) FRdC court après la Princesse des Deux Siciles. Ici l’auteuse attend Lukasz, dit le Prince Polonais, né à Wroclaw, Pologne. Wroclaw ( Breslau) est une des villes visitées par FRdC
(8) Sic MOT
(9) Sic MOT
(10) Cadeau pour les 25ans de l’auteuse fait par Axelle : un sac vert en forme d’arrosoir qui sert d’accessoire de jeu à l’auteuse.
(11) Derniers paragraphe des MOT «Grâce à l’exorbitance de mes années mon monument est achevé.[…] En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, me fenêtre qui donne à l’ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte : il est six heures du matin ; j’aperçois la lune pâle élargie ; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le rayon doré de l’Orient : on dirait que l’ancien monde finit et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fausse, après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’Eternité. » Passage entre Crochets : l’auteuse parle de Germaine de Staël et de son amant Benjamin Constant, tous deux écrivains romantiques, amis de Chateaubriand et de son amante Juliette Récamier, elle aussi fille de Banquier comme Germaine. Ils habitaient le Suisse et FRC allait souvent leur rendre visite.. En Hommage à Germaine l’auteuse a intitulé son pastiche De la Suisse, car Germaine de Staël a publié de l’Allemagne essai sur la littérature et le Romantisme allemand. Germaine est la fille du banquier Suisse Necker, ministre des finances de Louis XVI que FRC appelle le Roi Martyr tout au long des MOT. Elle est réputée pour son esprit et sa laideur. Un jour lors d’une soirée un homme s’assoit entre Juliette Récamier et Germaine de Staël. Il dit « je suis assis entre la beauté et l’esprit » Germaine de répondre « Monsieur c’est la première fois que je m’entends dire que je suis belle » Sébastien Mullier (brillant Universitaire), lassé par les traits d‘esprit d’EG appelait souvent celle-ci, « Germaine » avant que celle ci ne revienne de Suisse transformée en Françoise-Renée de Chateaubrillante. L’auteuse n’a jamais lu une ligne de Germaine de Staël ni de Benjamin Constant. D’ailleurs ils ne se trouvent même pas dans sa bibliothèque.

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One comment

  1. Comme toujours, une plume brillante, spirituelle et enlevée, d’un goût très très sûr (ne suis-je pas moi-même l’une des références principales avec FRC ?)

    Amitiés, à moi-même, à Eva et à tous les happy few qui n’ont pas eu encore le plaisir de me lire

    SM (c’est pas ce que vous croyiez, gros cochons !!!)



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