C’est ainsi, en raison de l’occupation de plus de quarante ans, que les Lituaniens âgés de plus de 18 ans, parlent tous le russe. Mais bien qu’on puisse s’estimer heureux de parler leur russe à eux, qui leur permet de lire Dostoïevski dans le texte, il équivaut comme je l’ai appris depuis peu au français que l’on parle en Algérie : tout comme le voyageur français reconnaît cet accent et ces tournures pas-de-chez-nous- qui- le- font- sourire, les Russes reconnaissent ces Lituaniens qui parlent le russe comme vous et moi.
Bien que d’une façon générale on puisse se réjouir d’avoir été contraints à apprendre une aussi belle langue, elle crée des dilemmes encore aujourd’hui. Par exemple, si je décide de prendre un trolleybus et que je demande lequel il faut prendre aux dames qui attendent le leur, elles m’écouteront parler lituanien, et comprendront à peu près de quoi il s’agit, davantage en devinant le nom du lieu que j’indique…Mais elles me répondront en russe. Je cherche désespérément un aborigène, et souvent je finis par repartir à pied. Si je souhaitais prendre le taxi, ce serait le même problème, ils me parleraient en russe, et ce serait presqu’une aubaine de tomber sur un chauffeur Lituanien. Dernièrement, il semble soit que la population de chauffeurs lituaniens ait augmenté, ou alors que j’ai tout simplement arrêté les taxis : c’est à vous de me dire.
La première fois que je suis venue ici, il y a dix ans, nous marchons dans la vieille ville, rue Piliès ; nous sommes entrées dans un magasin pour acheter du renfort. Une des touristes avait remercié la vendeuse d’un spasiba, avec un grand sourire, heureuse d’avoir pu communiquer dans sa langue. L’amie qui était avec nous avait interrompu son action, tourné la tête, fusillé du regard la malheureuse touriste bien intentionnée et lui avait rétorqué : Spasiba is russian. Here we say ačiū… Depuis ce jour j’ai concentré toutes mes forces de me souvenir que merci se disait comme quand on éternue. La raison de cette sécheresse autochtone, est due au fait que les gens, assimilent les Baltes à ces flémards de Slaves, insulte suprême s’il en est.



Gintaras Varnas a pris son envol vers Vilnius avec sa troupe d’acteurs, aujourd’hui le 3 décembre.